Eh oui... "Attention aux singes!"... c'est ce que vient de me crier un gars dans la rue. Pas vraiment habitue a cette situation, je lui demande betement pourquoi. Et mon sauveur de m'expliquer que la banane dans mon sac pourrait les attirer, et qu'ils seraient prets a me mordre pour me la voler. C est vrai qu il y a des singes un peu partout, dans la ville, dans chaque arbre, autour de ma chambre.
J avale vite ma provision, et je continue mon chemin. Il est 13h45 ici a Kandy (+4h de decalage avec la Suisse), et sous une chaleur accablante je decouvre un cyber cafe. Une petite pause climatisee ne me fait pas de mal, et me permet surtout de vous donner quelques nouvelles du front.
Tout d abord merci a tous pour vos nombreux mails ou commentaires sur le blog. C est un plaisir de vous lire, de se sentir moins seul, un peu plus pres de ses amis.
Arrive au Sri Lanka il y a quelques jours a peine, j ai deja vecu tant de moments forts, ai tant de petites anectodes, que je ne sais pas vraiment par ou commencer.
Eh oui, cela commence deja a la sortie de l avion a Mumbai, ou j entends mon nom a travers un haut-parleur. Un jeune indien m attends, mon nom inscrit sur une feuille, pour m aider a retrouver mon bagage, refaire le check in chez Sri Lankan, puis traverser a nouveau la douane. Quand je lui propose 1 dollar pour le remercier, il me fait un grand sourire en refusant et me dit que c est un service, et qu il n attend rien en retour. C est pourtant beaucoup d argent pour lui... attendrissant premier contact.
Arrive a Colombo en debut de journee, sans plus vraiment savoir quelle heure il est. Pas vraiment sommeil, pas vraiment faim, simplement decale. Et cette chaleur si etouffante qu on a l impression d etre dans une salle de bain, juste apres la douche, quand la ventilation ne fonctionne pas.
Arme de courage, pret a transpirer et a traverser les differents suplices qui me feront enfin meriter de supporter ce climat, je sors de l aeroport, cherche un bus, negocie, en cherche un autre, puis un troisieme, re-negocie, retourne au premier, puis en route pour le centre de Colombo. Ensuite 2 heures a pieds sont necessaires pour trouver le guesthouse que je cherche. Je passe 3x devant, pas de panneau, pas d indication. Juste une recommandation dans mon Lonely Planet. Epuise, les pieds en feu, les epaules endolories car pas encore habituees au sac a dos, je sonne. Une dame me repond, visiblement originaire du Sri Lanka, elle commence a me parler en francais! Les surprises continuent. Sa fille habite Geneve, et sa famille la visite 1 mois chaque annee. Elle connait aussi Zurich, car ils ont des amis a Flims. Petite planete. Mais le plus important... elle a une chambre pour moi, ouf. Je m affale sur le lit. Elle me propose du the, j attendrai encore pour la sieste.
Premiere sortie a Colombo. Toujour aussi chaud, la ville est bruyante et poluee. Apres 1h de marche j arrive dans le quartier de Fort. Lieu branche, avec de grands hotels internationaux, mais ambiance bizarre, avec ses batiments brules, ses facades noircies par les bombes, les fenetres sans vitres. Je me balade jusqu a Pettah, avec ses tuk-tuks, ses petites echoppes, ses clodos. Puis retour a Galle Face Centre, avec son "prayer festival" a l americaine, qui rassemble des 10aines de milliers de pratiquants. Apres un rice & curry, enfin je vais me coucher. Le lendemain visite de Mt Lavinia, avec ses anciens hotels a touristes, abandonnes, ses plages sales, et son ghetto au bord de l ocean. Colombo bouge, Colombo vit, Colombo est detestable, mais Colombo j adore. Impressions tres positives de ces quelques jours dans la capitale.
En quittant le guesthouse si difficile a trouver quand je suis arrive, je remarque le salon tapisse de diplomes de la Houston University, et une photo du proprietaire dela maison, le mari de la femme qui m a recu, en tenue de cosmonaute! Trop curieux pour ne pas en demander plus, je le questionne. Et le vieillard, tout malade, tout recroqueville, mais si gentil, m explique tout naturellement qu a l epoque il a tourne plusieurs fois autour de la lune dans une station spatiale!!! Merci la famille Padmini pour votre accueil et votre gentillesse, je me suis presque senti un peu chez moi.
Je decide alors de prendre le train pour Kandy, au nord-est de Colombo, avec un arret a l elephants orphanage de Rambukkana. A la gare, des milliers de personnes attendent le train. Des qu il arrive en gare, tout le monde pousse pour entrer en premier, pour avoir le privilege d avoir une place assise. Je souris, meme les petits vieux de 40 kg, tout handicapes, me poussent tellement fort pour me passer devant qu ils arrivent a deplacer mes 110 kilos (avec mon chargement bien sur!). J observe, je prends mon temps, et je voyage... 3 heures debout. Le train est tellement bonde qu il n y a meme pas la place de s asseoir par terre. Apres un moment, on s y habitue et l on ne sent plus ses jambes qui deviennent lourdes, on arrete simplement de reflechir.
Apres avoir visite l orphanage, avec ses 72 elephants en quasi liberte, je prends un tuk-tuk. Quelques gouttes de pluies, puis un violent orage eclate. Tellement fort que le tuk-tuk doit s arreter sur le bord de la route. Ensuite il me pose a l arret de bus pour Kandy. Il pleut toujours, les destinations des bus sont indiquees dans une langue que je ne sais meme pas lire... l aventure continue. Un bus passe, un deuxieme, un troisieme. Ils ralentissent a peine, puis continuent sans s arreter. Finalement j'ose un "Kandy?", on me repond "what?"... "Kandy?"... "yes, come on, fast!"... le bus roule toujours, je cours et l attrape, mon sac a dos s accroche a la porte... a moitie dans le vide, le bus repart. Il est bonde, il n y a pas la moindre place pour moi. On m aide, on tient mon sac, je reste sur le marchepied. En Suisse, je me serais enerve, je serais descendu, j'aurais jure. Et la, au moins a l abri de la pluie, sachant que j arriverai bien a Kandy, j apprecie cette chance. Et je pense a mes collegues, ou plutot mes ex-collegues, qui sont en ce moment en pleine reunion commerciale. Et je me dis que je suis bien la, et que je n'echangerais pour rien au monde ma place pour la leur, meme bien au sec dans une salle de reunion.
Et me voila enfin a Kandy. Bientot 24 heures ont passees. Le Freedom Lodge est accueillant, les proprietaires tellement serviables, le petit dejeuner gargantuesque. Je vais y rester quelques jours. Le soleil est de retour, il fait de nouveau tres chaud. Tiens, j ai un nouveau compagnon, un petit gecko, qui squatte ma chambre, et qui semble encore plus effraye que moi lorsqu on se recontre.
Encore un petit mot sur mes rencontres. Sous leur air ferme et un peu distant se cachent des gens adorables. Toujours prets a aider, a renseigner. Je fais le premier pas avec un sourire, et ils me repondent avec des visages rayonnants. Et ces enfants qui veulent que je leur parle de mon pays, qui se prennent en photo avec moi, qui essaient d echanger quelques mots en anglais qu ils parlent deja mieux que moi. Et tous ces gens qui m ont accompagne jusqu au prochain carrefour, quand je cherchais ma route, qui m ont aide dans le bus pour Kandy. Ils sont attachants ces Sri Lankais.
Voici un long recit des premieres journees de route. J ai deja l impression d avoir vecu plus d aventures qu en une annee en restant chez moi! Ce voyage s annonce magique. Et pour la premiere fois depuis bien longtemps, je m accorde du temps, je me laisse vivre, et je profite de l instant present.
Chers amis qui me lirez... ce ne sont pas les memes chez vous, mais pensez-y... "Attention aux singes!"